Lourdes : de la cire aux cimes, une terre qui ressource (1/2)



Grand reportage (1/2). Ici, le geste est une mission.

lourdes - reportage - par-stephanie bui _ thedailycouture -

Le 19 août 2026, 

Des Templiers à l’Ordre de Malte, des hospitaliers aux ciergiers et fabricants de médailles d’aujourd’hui : à Lourdes, le service et l’attention n’ont jamais cessé de traverser les siècles, cette vertu que la philosophe Simone Weil tenait pour la plus précieuse à cultiver. De la ciergerie à la médaille, ces savoir-faire conjuguent exigence du beau et sens du sacré, incarnant une alchimie singulière entre tradition et innovation made in Lourdes. Le Graal, peut-être, d’une autre idée de la valeur des choses. Pour The Daily Couture, je suis partie à la rencontre de ces gardiens discrets d’une tradition au service des pèlerins et visiteurs.

cierges - reportage_lourdes_thedailycouture_stephaniebui_3

 

 

Le cierge, le geste qui apaise

Des moments suspendus

Sur les hauteurs de la Maison Assomption, où je séjourne, la vue panoramique sur les Pyrénées qui enveloppent la ville sanctuaire sublime l’intensité du lieu. « À 2h du matin, je voyais encore sur le haut de la basilique des gens qui allaient et venaient, parce qu’il y a toute une organisation, un roulement de centaines de salariés qui travaillent, c’est énorme », raconte Antoine, pèlerin, venu de Versailles, en couple avec Sophie. « Ça tourne tout le temps entre les pèlerins et ceux qui nous accueillent. » Le couple séjourne dans la même Maison de L’Assomption où je me réveille au petit matin au chant des oiseaux, en accord parfait avec celui des pèlerins, jusqu’à tard dans la nuit. Le rythme ralentit. Le temps s’épaissit. Tout invite, je le ressens alors, à percevoir ce qui ne se voit pas si souvent, d’ordinaire. À se retrouver avec soi, au calme. Le vélo dans la tête au repos. Je contemple la ville sanctuaire au creux des Pyrénées. L’aube et la nuit tombée à Lourdes, je le découvre, sont de précieux moments propices à la méditation.

Derrière la prière à toute heure et les près de 4 millions de pèlerins annuels œuvrent, dans l’ombre, à 2 km de là, ceux sans lesquels Lourdes ne serait plus tout à fait Lourdes : on leur doit la fabrication du cierge qui accompagne les pèlerins. Allumer le cierge, c’est l’un des trois gestes de Lourdes, après celui de toucher le rocher et celui de la purification par l’eau. Un geste qu’il peut arriver à tout un chacun de faire, pèlerin ou passant d’un jour. Au sanctuaire, la splendide vision hypnotisante des cierges allumés, nombreux, floqués de messages d’amour, de toute taille, en toutes les langues, agit comme un aimant. Un magnifique lumineux ballet cosmopolite de gestes harmonieux et doux nous rassemble tous à ce moment-là. C’est naturellement que chacun se glisse et se mêle aux hospitaliers pour y déposer son cierge et son intention. En cette fin avril, ce sont 8000 hospitaliers de l’Ordre de Malte venus du monde entier qui marquent la ville de leur charismatique présence en rouge et noir venue d’un temps ancien. Plus que jamais, ce séjour à Lourdes brise le rouleau compresseur du quotidien.

Depuis 1928, la ville est venue à eux

C’est à quelques kilomètres de là que j’ai rencontré Laurent Lacoste, directeur de production à la Ciergerie de Lourdes, après y avoir œuvré comme chef d’atelier. Autant dire qu’il connaît la manufacture sur le bout des doigts. Dès le seuil de la porte franchie vers le cœur de la ciergerie, c’est un monde singulier qui se dévoile et intrigue. Cadres, mèches, moules, puis ces trois machines suspendues, des « manèges », d’où jaillissent des cierges à calibrer. Au fond, près des fenêtres, s’érige une grande statue de Bernadette qui rappelle le lien indélébile de la ciergerie à la ville sanctuaire qui l’a acquise. « On est là où on est depuis l’origine, depuis 1928. C’est la ville qui est venue autour de nous », raconte-t-il. En pleine ville désormais, elle se sent à l’étroit, par l’ampleur de son ouvrage : « Je crois qu’on fait huit ou neuf fois le tour de la Terre avec la mèche, ici à la Ciergerie. » Un million à un million et demi de pièces sortent chaque année de ses machines anciennes, environ 450 tonnes de cierges au total, dont la majorité des sièges de procession, ces petits cierges qu’on appelle des « 32 », en référence aux 32 pièces qu’il faut pour faire un kilo. Depuis un an, c’est aussi dans cette manufacture historique, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, que sont fabriquées les lumignons biodégradables et compostables de Notre-Dame de Paris.

reportage_cierges-lourdes-stephanie_bu

 

reportage_lourdes_stephanie_bui_ciergerie

 

Tradition et innovation

Cette histoire centenaire n’empêche pas la maison de regarder devant elle. « C’est la recherche, c’est le passif de tous. On fait phosphorer de la matière grise, comme on dit. Et puis après, on arrive à inventer des machines », explique le directeur. Comme pour les robots de rangement des bougies, ou pour le défi posé par Notre-Dame de Paris : créer un godet biodégradable frappé du logo de la cathédrale. La ciergerie maîtrisait déjà la votive biodégradable, mais il a fallu adapter la matière aux églises. « En amidon de maïs, ça marchait très bien, ça se détruisait très bien aussi. Mais les églises ne sont pas des lieux très secs, et souvent, avec un amidon, ça se détruisait un peu trop vite. Et puis c’était apprécié des rongeurs. Tandis que là, non, on arrive à les garder plus stables. »

Pour autant, la ciergerie ne perd pas de vue ce qui fait la singulière beauté du geste du cierge made in Lourdes. « Le miracle du cierge à Lourdes, ce n’est pas anodin. Ça fait partie des apparitions de Bernadette. Donc il y a vraiment une symbolique au niveau du cierge sur Lourdes. Et d’ailleurs, c’est pour ça qu’on existe. Et c’est pour fournir, pour que chaque pèlerin puisse faire ce geste-là, le geste du cierge. »

reportage_lourdes_stephanie_bui_ciergerie

Un cierge vivant

Depuis 1928 perdure la même méthode de fabrication des cierges de procession, la plus grosse production de la ciergerie : le travail par trempage. « Le travail par trempage permet d’avoir des cierges d’une forme bien particulière et surtout d’avoir des cierges qui sont d’apparence tous pareilles mais qui sont en vérité différents, comme toute personne qui se présente à Lourdes », glisse le dirigeant, qui a le cœur à l’ouvrage. Effectivement, en y regardant de très près, se distinguent de petites boursouflures, de petites alvéoles, ici et là. Preuve éminemment discrète de la patte humaine.

Ce résultat tient à un savoir-faire dit au jugé, au visuel. « Les artisans vont savoir si le cierge est fait, s’il n’est pas fait, si ça va, combien de temps il faut encore le faire tremper. C’est tout un métier qui s’apprend, mais qui s’apprend au pied du mur, et pas sur les bancs de l’école. Il n’y a pas de métier de cirier, il n’y a pas de diplôme de cirier. Ce sont les anciennes, celles qui maîtrisent le métier, qui apprennent aux nouvelles. C’est une passation qui se fait à l’oral et par le gestuel. Il faut entre 6 et 8 mois pour être à peu près autonome. » Rien à voir avec les « boudins » sans âme, uniformément blancs, façonnés par les extrudeuses.

Le savoir-faire du cierge avec le dernière ciergerie à fabrique des gros cierges de 70KG

Une famille, un métier difficile

Cette transmission de geste en geste, Laurent Lacoste la vit d’abord comme un lien humain. « C’est passionnant, c’est un métier complètement atypique. Et on a cette difficulté à recruter, parce que le métier est dur, l’été il fait chaud, il y a de l’humidité parce qu’on chauffe tous les bains de vapeur. Mais le gros avantage, c’est que quand on est intégré à la Ciergerie, on rentre dans une famille. Et c’est vrai, on est une famille. » Certains ont 40 ans d’ancienneté, d’autres quelques mois, la ciergerie ayant réussi à recruter récemment. « Ce transfert se fait comme ça entre les anciennes et les nouvelles personnes. Et ça fait une ambiance, et c’est très sympa. Et quand je dis que c’est une famille, pèse le dirigeant, ça me plaît. »

Moderniser sans perdre l’âme du geste, c’est tout l’enjeu, assume le directeur. « On est obligé d’avancer techniquement, pour être un peu glamour aussi, pour pouvoir recruter. C’est un métier difficile, et derrière on essaie, par des systèmes, d’améliorer. Mais on veut quand même garder cette authenticité au niveau des cierges. »

 

 

« La machine qui vous les fabriquerait tous identiques existe, mais on perd notre âme. Je ne veux pas perdre mon âme, et il n’y a pas que moi. Le cierge de Lourdes, il faut que ça reste le cierge de Lourdes comme il a été fabriqué il y a 100 ans. »

—Laurent Lacoste, directeur de la production à la Ciergerie de Lourdes

Un savoir-faire qui sait s’ajuster à la météo

À l’autre bout de cette chaîne de transmission, parmi les artisans, il y a Élodie, à la ciergerie depuis deux ans. Avec Juliette, 40 ans d’ancienneté, elles œuvrent, à ce moment-là, auprès des « manèges ». Elles vont et viennent, du poste de commande aux cierges en cours de fabrication. Elles échangent, accordent leurs gestes avec harmonie et rythme. Tandis que je suis assommée par la chaleur de la vapeur qui s’échappe des bains de paraffine contenus dans les bruyants manèges, rien ne semble les perturber. Elles sont concentrées mais détendues, bouteilles d’eau à portée de main.

Élodie se souvient de sa découverte de la manufacture, par une agence d’intérim.

« J’étais choquée, je ne m’attendais pas du tout à ça. Le bruit, la chaleur ou le froid. L’organisation de la journée dépend beaucoup du temps, parce que plus il fait chaud, plus c’est compliqué de produire : la paraffine n’adhère pas sur le cierge, le cierge peut couler. Et puis de voir les très vieux manèges, même encore aujourd’hui, j’hallucine », confie la Lourdaise de toujours, qui n’avait jamais entendu parler de la ciergerie avant d’y travailler et d’apprendre le métier de ciergière.

« J’aime beaucoup mon métier. Ça bouge, c’est vivant. On ne reste pas assis derrière un bureau toute la journée. On est sans arrêt en train de bouger, couper, regarder, surveiller. Ça me plaît énormément, il faut être vif. Si jamais on ne fait pas attention, on peut laisser le cierge être trop gros, par exemple. » Le geste commence par des mèches agencées dans un cadre, la base du cierge, avant qu’elles ne soient plongées dans le manège pour s’imprégner de paraffine. « Il faut surveiller, parce que par rapport au temps, etc., ce n’est jamais pareil », jusqu’au petit cierge final de 32, jugé à vue d’œil. « On fait ça pour que les gens qui font des milliers de kilomètres pour venir poser un cierge. Donc c’est important quand même. »

« Ça apaisera le cœur d’une personne. »

Ce savoir-faire du cirier made in Lourdes se découvre aussi lors de visites : les artisans sont, chaque jour, au contact de pèlerins venus du monde entier. « Ils nous voient travailler, ils nous voient quand on coupe avec la main, etc. Ils nous disent bravo », se réjouit Élodie, non croyante mais sensible à ce que le cierge représente pour ceux qui viennent le déposer. « On sert des milliers de pèlerins qui sont ravis à chaque fois, qui viennent nous rendre visite, qui nous remercient pour le travail qu’on fait. On sait très bien que ce cierge-là, il va être à la grotte, par quelqu’un, il y aura une prière dessus, il y aura une volonté, il y aura quelque chose. Ça apaisera le cœur d’une personne. »

Un objet simple qui traverse le temps grâce à l’engagement fort de la pépite locale envers l’essentiel, au fond : les liens invisibles entre les êtres.

 

savoir-faire du cierge - reportage lourdes par stéphanie Bui pour The Daily Couture

 

Parmi les innombrables objets qui accompagnent pèlerins et visiteurs, les médailles made in Lourdes se distinguent également par l’engagement de ses repreneurs qui réussissent à appliquer leur expertise du luxe acquis au sein de nos fleurons de la haute joaillerie à une autre pépite locale.

Le beau, toujours

De Cartier à la Manufacture Joaillière d’Occitanie, à Lourdes

À deux kilomètres de la ciergerie, sur les hauteurs, la Manufacture Joaillière d’Occitanie, nouveau nom de l’entreprise connue localement comme « la Seral », ouvre ses portes aux visiteurs depuis un peu plus d’un an. Fondée en 1946, la manufacture a été reprise en 2023 par Adrien Collange et Rachel Marouani, « passionnés par le made in France, par la fabrication française et surtout l’artisanat, le vrai savoir-faire ». « On a une vraie âme, un vrai savoir-faire dans cette entreprise », disent-ils de cette maison du patrimoine vivant.

Un savoir-faire qui avait attiré deux associés au parcours forgé dans le luxe. De formation d’ingénieur généraliste, Adrien Collange a passé plus de dix ans chez Cartier, à mettre en place et faire tourner un atelier de fabrication de joaillerie, puis à développer des produits, avant de rejoindre la maison Fred, groupe LVMH. Une expertise de grande maison, mise cette fois au service du réveil d’une belle endormie artisanale.

« C’est un combat de faire perdurer le beau »

Au cœur de cette reprise, l’exigence de la qualité du produit : le bien fait, le beau. « Mon expérience dans le luxe m’a permis d’acquérir une notion du beau, de la qualité de la finition. Aujourd’hui, même sur des produits moins chers, on garde ce niveau d’exigence », fait valoir le dirigeant. Des médailles en aluminium, en cuivre ou en laiton, vendues à des prix beaucoup plus abordables, mais avec une finition joaillière. « C’est le combat que nous menons au quotidien. »

Ce combat pour un beau produit qui dure dans le temps commence dès le dessin du produit. « Il faut se poser les bonnes questions au bon moment, ça, dès le dessin du produit. Et ça, ce sont les années Cartier qui me l’ont appris. Il se poursuit dans la formation des artisans : certains métiers de l’atelier demandent plus de six mois d’apprentissage. Il n’existe aucune école pour ça ; tout se transmet en interne. « C’est vraiment la philosophie que nous avons ici dans l’entreprise », insiste-t-il. « C’est un combat de faire perdurer le beau, parce que ce n’est pas la solution de facilité. »

Ensuite, dans la production, quand les séries sont plus importantes, il faut rester sur ses gardes. « On peut avoir tendance à se laisser aller ou autre, et donc il faut toujours être exigeant. Il faut aussi former des personnes capables de travailler sur ces pièces, parce qu’on a besoin de polyvalence aujourd’hui dans les ateliers de fabrication. Donc c’est un combat du quotidien, de trouver les bonnes personnes avec l’envie de travailler dans un atelier aujourd’hui, qui ont envie d’apprendre un métier manuel. » Certains métiers de l’atelier nécessitent plus de six mois de formation, sans qu’aucune école n’existe, la formation se fait en interne. Un état de fait très répandu en France. On les appelle « des métiers orphelins ».

Aujourd’hui, très peu d’entreprises en France maîtrisent encore le savoir-faire de l’émail en verre pilé, teinté, où l’on vient reconstituer sur la pièce, finalement, comme un vitrail. « C’est un savoir-faire très très rare. Uniquement les très grandes maisons de joaillerie aujourd’hui utilisent encore de l’émail verre, et l’atelier à Lourdes, donc ça fait partie des fiertés de l’entreprise également. »

Ode à la Haute Exigence

Pour perdurer, un savoir-faire se doit d’innover, d’une façon ou d’une autre.  « L’école Cartier est très renommée en France, j’y ai appris énormément », confie Adrien Collange. « J’ai vu des choses, il y a vingt ans, que les concurrents de Cartier n’ont même pas encore aujourd’hui ». C’est l’alliance de l’innovation avec le savoir-faire qui permet de répondre aux besoins et que le dirigeant maîtrise.

Concrètement : la conception d’un nouveau produit, qui prenait quatre à six mois, se règle désormais en deux semaines, prototypes compris, même pour de grandes séries. Le coût de fabrication d’une ébauche de médaille a été divisé par quatre. Le dirigeant a misé sur une maitrise de la production en interne à chaque étape de la fabrication. « Le numérique nous permet aussi de faire des produits qu’on n’aurait pas su faire il y a dix, quinze ou vingt ans, à des coûts raisonnables, sans contraindre le créatif », résume-t-il. Sur le prix aussi, l’écart avec l’Asie s’est resserré : « On arrive parfois à des différences de juste quelques centimes, pour une qualité qui est trois niveaux au-dessus. » Sur ce chemin semée d’embûches, il faut régler les problèmes en continu. Ça tombe bien. « J’adore régler les problèmes », lâche le dirigeant, visiblement dans son élément dans sa nouvelle vie d’entrepreneur.  « On a la chance d’avoir des artisans passionnés par leur métier aujourd’hui, et qui, par exemple, ne laisseront pas passer une pièce dont ils jugent le niveau de qualité insatisfaisant, ça c’est génial. »

 

« Un produit qui sort d’une EPV, qui sort de France, qui est lié à un marché historique, ne peut pas être bas de gamme même s’il n’est pas cher. » 

—Adrian Collange, repreneur et dirigeant de la Manufacture Joaillière d’Occitanie, « la Séral ».

 

Un made in Lourdes qui prend son envol

Cette innovation n’a en rien changé la manière de travailler ensemble. Les artisans de l’atelier sont majoritairement originaires de la région, beaucoup sont venus parce que leurs parents y travaillaient déjà, des savoir-faire passés de père en fille ou de mère en fils. « Il y a un petit côté familial finalement dans la façon de travailler, dans la façon de se soutenir au quotidien », glisse le dirigeant. Comme pour la Ciergerie de Lourdes, la semaine de 4 jours a été adoptée pour une trentaine de personnes, avec trois recrutements supplémentaires en cours.

Et de conclure : « Aujourd’hui je me sens très bien à Lourdes, j’ai été intégré par l’équipe, ça s’est très bien passé et je commence à connaître le tissu local et je suis content de voir cette entreprise qui existe depuis plus de 70 ans se développer, reprendre ses lettres de noblesse comme dans les belles années avant que la concurrence asiatique ne se mette en place et de voir cette dynamique aujourd’hui portée par le label EPV et le Made in France ».

« On a une crise économique aujourd’hui en France, nous on la ressent pas du tout, on est en train d’embaucher, on a de la croissance de chiffre d’affaires, on a beaucoup d’activités actuellement, et donc on est à flux tendu sur beaucoup de choses. Et ce qui est une bonne nouvelle, parce que ça veut dire qu’on a de la demande pour du Made in France, du produit qualitatif, avec un vrai savoir-faire. » Un rayonnement qui déborde aussi du cadre catholique : « Le hasard a fait que nous avons acheté une entreprise à lourdes mais aujourd’hui nous travaillons actuellement avec d’autres religions pour être multi-religion en termes de fabrication, parce que c’est notre philosophie avec mon associée. Nous fournissons aujourd’hui des gens à travers toute la planète, peu importe leur religion, et du moment qu’ils veulent quelque chose de beau et de made in France, nous sommes prêts à relever le défi, quel qu’il soit. »

 

L’attention qui fait du bien

L’accueil, à cœur ouvert

Francois Compagnet est arrivé fin 2019, juste avant le Covid, à l’hôtel Croix des Bretons, où il est directeur. Mais à sa fonction hôtelière,  un autre service, bénévole celui-là, lui tient à cœur. « Au quotidien, je suis dans un métier d’hospitalité. J’accueille des clients, des pèlerins, mais des touristes aussi, qui viennent visiter les Pyrénées. Donc il y a un parallèle entre ce métier d’hospitalité que je fais professionnellement et mon service d’hospitalier, dès que j’ai du temps qui me le permet, d’aller au service des personnes malades. »

Un geste qui dépasse la foi catholique

Car Lourdes rayonne bien au-delà de la foi catholique, tient-il à préciser d’emblée. « Comme je le dis, quand on va visiter Rome, on va visiter le Vatican. Beaucoup de personnes de confession musulmane aussi, de Tamouls aussi viennent. On les accompagne. Le geste de l’eau aussi en Inde, Sri Lanka, est très très important. » L’eau à Lourdes est un signe très important : la ville est traversée par le Gave de Pau, et il y a la source de Massabielle, où lors d’une apparition, la Vierge aurait demandé à Bernadette d’aller y boire et s’y laver. « Le geste de l’eau, et dans toutes les confessions, l’eau, la lumière, ça reste des points importants et communs à toutes les religions. »

Faut-il être catholique pour devenir hospitalier ? « Pas forcément. J’ai connu des hospitaliers qui n’étaient pas forcément catholiques. C’est aussi faire du don de soi, donc je pense qu’il n’y a pas de religion. »

La force de l’attention

Devenir hospitalier demande une formation, technique et spirituelle. « Il y a des gestes à apprendre pour faire un transfert d’un fauteuil sur un lit, d’un siège d’avion ou d’un siège de train sur un fauteuil roulant. On est vraiment accompagné tout au long de ce parcours. » Une humilité qu’il résume ainsi : « Nous on ne se met pas en avant, on est là pour accompagner, pour permettre à cette personne-là de vivre son pèlerinage pleinement. Notre rôle est uniquement d’accompagner et de rester à notre place. »

« Il faut savoir que ces hospitaliers qui viennent au service des malades font un don total d’eux-mêmes. Donc c’est d’une grande humilité. Ils prennent en charge eux-mêmes leurs transports, leurs logements, leurs restaurations, pour venir faire 4, 5, 6 jours de bénévolat. Et ce n’est pas de tout repos. On appelle ça du service, mais c’est un lever peut-être à 5h30, 6h du matin. Et on est toute la journée au service des pèlerins accompagnés, jusqu’au jour où il y a la procession, jusqu’à 22h30. »

La rencontre qui reste

« On accueille les pèlerins accompagnés, parfois on dit aussi les personnes malades. Je n’aime pas trop ce terme-là. Parce qu’en fait, généralement on s’occupe plus d’une personne pour justement assurer la continuité, pour pouvoir se connaître. Je me souviens d’un moment de partage avec une dame qui avait 96 ans et qui a partagé de forts moments de sa vie, qui m’a avoué ne pas raconter tout non plus à sa propre famille. Le fait d’être à la fois si proche pendant 5 jours, mais de savoir que peut-être après on se verrait moins, c’était aussi peut-être plus facile pour elle, et c’étaient des moments très forts. Et quand on termine un pèlerinage, on ne sait plus de l’un ou de l’autre qui est vraiment la personne qui a le plus de souffrance. Ces moments de partage sont très très forts, et touchent, et ce sont des choses qu’on garde en mémoire, je pense, pour toujours. »

Le chemin qui a tout changé

Ce sens du service, Francois Compagnet l’a payé au prix fort un jour. « J’ai fait un burn-out, je pense. À un moment donné, ça a été peut-être trop. Mon corps a dit stop, peut-être mon esprit aussi.» La suite, il ne l’a pas vue venir. « J’ai démissionné du jour au lendemain. » Il part marcher sur le chemin de Compostelle. « Le chemin de Compostelle a été peut-être le déclencheur, ça aurait peut-être été un autre chemin, mais c’est le fait surtout de se retrouver seul et de pouvoir se recentrer sur soi-même. »

Trois semaines durant, il coupe tout lien avec l’extérieur. « Je n’avais pas de lien avec ma famille, pas d’appel pendant trois semaines, il y avait juste chaque soir un sms pour dire où j’étais, avec une photo du jour. Moi qui suis très réseaux sociaux, j’avais coupé mon téléphone totalement. » Une coupure venue sans effort. « Ce n’était pas un effort. C’était un besoin, je pense, parce que jamais on n’aurait réussi si on l’avait obligé. »

Ce chemin, pourtant, n’avait au départ rien de religieux. « Le chemin de Compostelle n’était pas du tout quelque chose d’accès religion, foi ou spiritualité à la base. C’était juste trouver une voie d’aller quelque part et de me retrouver seul. » C’est plus tard, à Lourdes, qu’un basculement s’opère, un jour à la grotte. « J’ai prié et je ne demandais plus rien pour moi. J’ai prié en demandant quelque chose pour autrui, pour d’autres personnes. Et ce jour-là, j’ai senti un vrai changement. Peut-être même un apaisement. Je me suis senti moins, ou pas, égoïste. »

Se ressourcer avant tout

De cette expérience en tant qu’hospitalier à l’Hospitalité de Notre-Dame de Lourdes, l’homme tire une conviction. « On parle parfois de burn-out  parce que c’est plutôt professionnel, mais ça peut être un trop-plein d’activités, et ça peut être professionnel ou personnel. Chacun peut avoir ce moment de doute ou besoin de se retrouver, de se ressourcer. Je crois que c’est ça, en fait, le mot un peu plus juste : venir se ressourcer à Lourdes. Tout le monde traverse ce moment de doute ou de difficulté, et on vient là se ressourcer et se retrouver, à Lourdes ou en marchant sur un chemin ou d’autres. »

rédigé par Stéphanie Bui

À SUIVRE

→ Volet 2 —  A chacun sa source.  Prochainement en ligne.

Le film — Lourdes à-bras- le corps
17 min · Les modalités de diffusion publique seront communiquées prochainement.

Notes : 

 

Depuis 2011, à la demande, the Daily Couture organise des immersions dans les savoir-faire d'exception d'Ateliers Haute Couture à Paris œuvrant pour nos grandes maisons de mode parisiennes.

Pour nous envoyer votre demande : info@thedailycouture.com 

En savoir plus, c'est par ici : Visites Ateliers Haute Couture à Paris par The Daily Couture| Immersions conçues par une journaliste indépendante mode / savoir-faire : 

Ils nous font confiance : références clients

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *