BIENNALE RÉVÉLATIONS : L’ART ET LA MANIÈRE DE RACONTER L’EXCEPTIONNEL



Du 23 au 26 mai prochains se tiendra, au Grand Palais, la quatrième édition de l’évènement international dédié aux métiers d’art et à la création. Avec panache : avec un vent de liberté favorisé par l’essor du marché de la création artisanale d’excellence.

Biennale Révelations 2019, photo/Oystein Thorvaldsen. the daily couture, stéphanie bui

Liberté de la création 

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« On est fermés à rien : objets végétaux, plumes, fibre de verre, récupération de maillons de chaîne trouvés dans la mer. Une seule exigence : libres dans notre choix, pas politiquement correct. »

Côme Rémy, expert en arts décoratifs du XXème siècle et contemporains.

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Le ton est donné, et signe là l’audace souhaitée par la nouvelle édition de Révélations au Grand Palais, renforcée par l’apparition d’une programmation Hors Les Murs. Le 25 mai, à Drouot, l’expert franc-tireur, Côme Rémy, présentera avec Charlotte du Vivier-Lebrun, consultante en céramique contemporaine, une vente aux enchères « Manière et Matière » , illustrant à merveille le dynamisme de la création artisanale contemporaine. Un point essentiel souligné par Serge Nicole, initiateur de la première edition du salon en 2013 et membre du Comité de la Direction Artistique en 2019, affirmant la responsabilité de Révélations de « tirer vers la qualité », « représenter la création en mouvement »,  et « offrir la possibilité aux créateurs de donner le meilleur d’eux-mêmes ».

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« La richesse de la France, c’est sa richesse artistique, mais s’il n’y a pas la manière ni la matière, ça passe à côté. »

Côme Rémy, expert en arts décoratifs du XXème siècle et contemporains.

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Face à une œuvre parfois perçue comme « un peu trop sage », c’est la mission des experts de l’ombre d’insuffler l’audace au créateur, précise Côme Rémy.  Par « un vrai dialogue », les créateurs sont poussés à oser davantage. « On est là pour bluffer les gens. »  Ainsi la vente aux enchères hors-les-murs exposera une sélection de 140 pièces et 86 créateurs qui ne sont pas forcément adhérents d’Ateliers d’Art de France, organisateur de la Biennale. Hormis l’impératif d’exposer des œuvres réalisées en France, les pièces furent sélectionnées avec « une liberté totale » portant haut la création. La maitrise technique ne suffit pas. Encore faut-il faire parler la matière et lui donner un sens, une curiosité, un point de vue.

Réalisée dans l’esprit Drouot, la vente aux enchères constituée de pièces estimées d’un montant de 300 à 20000 euros offre une scène de choix à des voix singulières exprimant également une tendance forte de la création artisanale contemporaine.

goût pour une simplicité raffinée et audacieuse

La réappropriation de matériaux très simples est « une grosse tendance », selon Charlotte du Vivier-Lebrun. « A partir de choses très très simples, on arrive à des choses extraordinaires, sans ajout ».  Selon, Côme Rémy,  « On est dans la période Art Déco pour la richesse des matériaux, mais aussi leur simplicité, on aime la matière riche en elle-même, et on est dans la modernité dans le sens où l’on veut que la chose soit pratique, confortable, et ne fasse pas tape à l’oeil. La matière vibre avec le corps ».

S’affirme un goût prononcé pour les matières minérales , la terre, avec une forte présence de l’émail. Et des matériaux inattendus :  des morceaux de coquilles d’œuf d’autruche fossilisés, de la corde enroulée ou de l’osier brut. Chaque pièce fut sélectionnée pour la qualité de son concept associée à l’excellence de son exécution. La création à partir du recyclage d’objets s’affirme aussi avec une pièce de William Amor  :  un précieux bouquet de fleurs créées à partir de la récupération dans la rue de sachets plastiques. Chaque petit bout de plastique est retravaillé, reteinté, avec une minutie bluffante. Parfois, l’objet est conçu comme prolongement du corps, à l’image  de boucles d’oreilles épurées, sans système d’accroche grâce à une sculpture de fil à enfiler dans le trou de l’oreille. Chaque objet présenté a exigé un travail de recherche et d’effort pour parvenir à la réalisation d’oeuvres surprenantes.  Dans tous les cas, conclut Côme Rémy, la tendance est à l’objet « qui reflète du bonheur, de la douceur et de l’humour,  avec un twist ». 

Arteau Joailler, bague en or et acier sertissant par quatre griffes un saphir cabochon birman et quatre lignes de petits diamants. Estimation : 11 000 – 15 000 €
Elizabeth Garouste et Armelle Benoit, miroir en métal et boules de céramiques émaillées or, platine ou nacre noir.
Estimation : 7500 – 10 000 €

Envol du marché des métiers d’art

Le renouveau des métiers d’art, investissant à présent l’univers prestigieux des ventes aux enchères grâce à l’envol du marché, s’explique par des acheteurs désormais  « décomplexés » grâce à l’ouverture du marché via l’arrivée d’internet et à « un changement de mentalité de la part des créateurs et une forme d’ouverture », observe Charlotte du Vivier-Lebrun. Le moment était venu de « créer une tribune pour la création artisanale contemporaine » comme  « un moyen de faire valoir un objet qui porte quelque chose : le geste, la manière et le concept racontent quelque chose d’exceptionnel ». Avec un marché qui fait le prix. Et de relever le fait notable que les collectionneurs n’hésitent plus à confier leurs collections. Plus besoin d’attendre vingt ans pour qu’un collectionneur vende ses pièces, à l’instar des céramiques contemporaines vendues deux fois par an par l’experte – et vendues plus chères qu’en galerie… En somme, des « signaux positifs » de l’engouement pour la création artisanale contemporaine.  Et un constat bienvenu du potentiel économique du marché des métiers d’art mis en avant par le Salon Révélations.

Derrière la bataille de l’image pour valoriser les métiers d’art, c’est un autre combat, feutré, qui se joue sur scène : la Biennale Révélations est « un outil qui s’est transmis avec la finalité du développement économique et d’assurer la visibilité avec des actions », insiste Aude Tahon, Présidente Ateliers d’Arts de France et Présidente du salon Révélations, et rappelant le travail de l’ombre des organisateurs ayant contribué à faire adopter la loi de 2014 relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises : elle donne une définition légale des métiers d’art. « Un socle pour porter des revendications. »

 

Céramique, Kourosh ARISH, Iran, Salon Révélations 2019, the daily couture, stephanie bui
Céramique, Kourosh ARISH, Iran, Salon Révélations 2019

 

DÉFENDRE LES MÉTIERS D’ART à l’échelle europÉenne

L’édition 2019 poursuit son envol et s’étendra sur 500 m2 supplémentaires, réunissant 33 pays, et quelques 400 créateurs, soit une hausse  du nombre d’exposants, avec plus de 700 dossiers de candidature reçus cette année. La dimension internationale s’affirme. Cette édition met Le Luxembourg à l’honneur à travers un projet porté par l’association De Mains De Maîtres Luxembourg éclairant l’étonnant dynamisme créatif des artistes de la matière sur le territoire. L’exposition Crafting Europe témoignera, elle, de la richesse des métiers d’art européens, une nouveauté de l’édition 2019. De l’Europe occidentale à l’Europe centrale, sans oublier les contrées nordiques, 18 pays seront représentés par 24 créateurs pour un voyage à travers une Europe de la création.

Décidé à faire entendre la voix singulière des métiers d’art dans ce contexte de regain d’intérêt général,  le salon encense  « le choix » et « l’engagement de vie » des artisans d’art, insiste Aude Tahon. D’où le développement d’un « dialogue international » toujours plus renforcé avec des partenaires européens et au-delà. Car l’union fait la force. Evènement phare organisé par Ateliers d’Art de France et le World Crafts Council Europe, le symposium « Crafting Europe : pour une stratégie européenne des métiers d’art »  posera la question des métiers d’art à l’échelle européenne en vue de concertations autour de définitions communes et de mise en lumière de contraintes réglementaires concernant l’accès aux matériaux, par exemple.

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« Il y a un avant et un après le salon Révélations »

Aude Tahon, Présidente Ateliers d’Arts de France et Présidente du salon Révélations

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Et à Aude Tahon de conclure, avec confiance,  sur « l’appétence pour les métiers d’art dans la société » correspondant  à « une valorisation du circuit court, du local et du sens».  Des métiers nés de traditions artisanales anciennes désormais en vogue – après avoir été en déshérence.

« Il y a un avant et un après le salon Révélations », insiste-t-elle. Par des ventes, bien sûr. Mais aussi, et surtout, sur le long terme, par l’esprit d’audace encouragé par l’effervescence créative liée au salon. De nombreux créateurs souhaitent désormais présenter une pièce créée pour le salon. En somme, un évènement dépassant un enjeu d’image : la Biennale Révélations prend désormais une allure de laboratoire de recherche encourageant l’expérimentation, ouvrant le champ des possibles de la création artisanale contemporaine, et qui a trouvé son public :  pas seulement le grand public, mais aussi les collectionneurs, les architectes, les décorateurs, les galeristes, les bureaux d’achat ou encore les directeurs artistiques de maisons de luxe.

Le programme complet ici https://www.revelations-grandpalais.com

 

 

 

 

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