L’ESPRIT COUTURE DE JEANNE LANVIN : L’ART DE LA BRODERIE DANS TOUS SES ÉTATS



Lanvin du temps de Mademoiselle Jeanne : le Palais Galliera nous fait voyager dans le monde de la plus ancienne maison de couture parisienne. Des superbes illustrations à l’expression de la virtuosité des artisans avec des pièces issues de riches archives.

A l’honneur au Palais Galliera : l’art de la couturière Jeanne Lanvin que j’ai pu admirer pour the Daily Couture. En redonnant un prénom et un visage à un nom destiné à intégrer le groupe de luxe numéro un au monde, on revient aux sources d’une image de marque, certes, mais surtout à l’univers d’une grande dame de la couture.  Un temps où l’on prenait le temps de la création ; une expérience bien lointaine du système actuel de la mode métamorphosé par le succès – l’engrenage –  de la fast fashion et de la course à l’image : notre quête incessante pour des silhouettes toujours plus nouvelles laisse peu de place à l’appréciation des matières et à la virtuosité des artisans de la couture, ces maîtres du détail devenus trop rares dans l’univers de la mode.

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Pendant que les silhouettes dévoilées lors des présentations des collections automne hiver 2015-2016 irriguaient tous les réseaux sociaux, l’inauguration de l’exposition Jeanne Lanvin détonnait. Elle nous invitait, avec classe, à faire une pause. Une invitation à ralentir, à prendre le temps d’admirer  l’originalité de ces robes et le détail de leur fabrication ou tout simplement comme pièces patrimoniales illustrant, entre autres, le goût des années 20 pour la Chine, le Turquie ou le Japon ou pour la géométrie des formes.  Et ce qui est rare et impossible pendant un défilé : apprécier la sensibilité du geste précis de l’artisan de très près ! Sans doute reste-t-il à inventer un type d’évènement qui permettrait de vivre l’expérience grandiose du défilé tout en pouvant y admirer la virtuosité des savoir-faire de la couture…

Lanvin du temps de Mademoiselle Jeanne

Avec l’art de Jeanne Lanvin qui ouvra sa première boutique comme modiste en 1889, on vit une drôle d’expérience en cette soirée d’inauguration de l’exposition en 2015 immergée dans le monde de la broderie. Celles-ci parent les nombreuses pièces en crêpe de soie, velours de coton noir, mousseline de soie ou taffetas de soie noir de perles de verre, de demi-tubes ou tubes,  de fils métalliques or,  fil d’or, de perles, de cristaux Swarovski… Robes de style, robes brodées et perlées, robes du grand soir inspirées du goût contemporain pour l’exotisme, pour le cubisme et l’abstraction en vogue dans les années 20, côtoient celles inspirées par les vêtements et motifs liturgiques et les lignes monacales.

Aux robes enveloppant le corps telle une armure bijou contraste la sobriété de quelques applications de broderies de perles sur les silhouettes à la ligne « tube » typique de l’Art Déco teintées de cet esprit monacal.  Ci-dessous, la robe de mariée « Mélisande » en mousseline de soie ivoire d’une élégance intemporelle est splendide. Ma préférée de toutes les robes exposées.

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Le temps de la recherche, du dessin et de la fabrication, on l’imagine, on le ressent devant chaque robe, tailleur, livre d’échantillons brodés ou archive préservant les illustrations de robes peintes à la gouache. Cette expérience renvoie à un temps où le couturier habile de ses mains l’est aussi pour le dessin. Bien plus glamour à découvrir que les scans de dessins approximatifs souvent envoyés, aujourd’hui, par les créatifs aux artisans !  Avec Jeanne Lanvin, la robe tient déjà toutes ses promesses sur le papier.

Ce temps de la couture retrouvé doit beaucoup à la direction artistique signée, entre autres, Alber Elbaz et à la scénographie intimiste mise en œuvre par Laurence Le Bris.  On leur doit l’esprit boudoir évoquant à merveille la pratique de la couture du temps de Jeanne Lanvin : on déambule dans l’espace  métamorphosé en un précieux cabinet de curiosité.  S’y exprime une vision stylistique qui aura su trouver une pérennité, encore en 2015, grâce à des entrepreneurs, des créatifs, à Alber Elbaz, bien sûr, qui tous auront participé à redonner un second souffle à l’héritage laissé par Jeanne Lanvin. Une réussite économique, un modèle finalement pour la Maire de Paris qui avait choisi d’inaugurer l’exposition par l’annonce du soutien de la Ville de Paris au secteur de la mode.

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Ne pas s’endormir sur son héritage, « faire de Paris la capitale mondiale de la mode »

A l’image de la réussite entrepreneuriale de la Maison Lanvin qui a su pérenniser son nom, son logo, sur la scène internationale de la mode où elle est la plus ancienne maison de couture existante aujourd’hui, la Maire de Paris, souhaite faire de Paris « la capitale mondiale de la mode » dans un monde où les villes sont en compétition les unes avec les autres et, où Paris, se singularise, soutient Anne Hidalgo, avec une histoire et des savoir-faire hérités.

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La Maire avait choisi l’inauguration de l’exposition de mode Jeanne Lanvin dans ce musée appartenant à la Ville de Paris pour faire l’annonce de 57 millions d’euros consacrés au soutien du secteur de la mode d’ici 2020.  Reconnaissant que la ville s’était « endormie sur son héritage » jusqu’à la fin des années 90, Anne Hidalgo s’est réjouie de la « modernisation des savoir-faire » avec les écoles publiques, parfois municipales, dispensant des enseignements de qualité et aux frais de scolarités accessibles.

Un enthousiasme devant le renouvellement des savoir-faire de la mode et des artisans en pleine semaine de présentation des collections automne-hiver 2015 /2016 qui ne peut, pourtant, faire oublier le besoin dramatique – tragique – de  mobilisation du système éducatif pour réhabiliter les métiers d’art dans le système éducatif, préservant ainsi l’esprit de couture à la Française.  Des métiers artisanaux d’exception contribuant au rayonnement de la France dans le monde continuent de disparaitre dans l’ombre de discours enflammés sur l’aura de la mode et du luxe français.

Et du rayonnement de Paris et de la France, il en fut question,  cette même semaine de la Fashion Week, lors de la présentation de la candidature de la France à l’Exposition Universelle de 2025. Un défilé d’un autre genre, très médiatisé lui aussi,  s’était tenu, quelques jours avant l’inauguration de l’exposition,  sur l’estrade de l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton, le 5 mars. Des orateurs tous plus inspirés et talentueux les uns que les autres. De tout âge, de tout bord politique, de toute fonction, avec le soutien, entre autres, du premier groupe de luxe au monde, mais aussi de la Ville de Paris. Les mots créativité, innovation, participation, entrepreneuriat, intergénérationnel, ces mots inspirants mais un peu vides quand ils ne sont pas encore incarnés, donnaient à rêver tant le projet est mobilisateur, fédérateur – grandiose.  Dans le superbe bâtiment signé Frank Gehry de la Fondation Louis Vuitton, on rêvait à cette candidature acceptée en 2018.  Bien sûr, il ne s’agissait pas de refaire le monde, mais la France, pas de changer de système, mais de reformer la France  — à partir de son héritage.

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L’avenir prometteur de la couture

Cet enjeu de l’héritage, de la préservation des métiers artisanaux est si crucial pour le secteur du luxe et de la mode qu’il fut, rappelons-le, l’un des points d’action de l’ ex-DGCIS sous l’ex-direction du Ministère du Redressement Productif et du Ministère de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme français.  Un travail d’accompagnement fut mis en place pour faire face à la disparition de métiers artisanaux.  Ensemble pour la première fois, se rassemblaient des représentants de marques de couture et de luxe, d’industriels, d’artisans et du gouvernement. Un travail de longue haleine dont on attend encore certaines retombées, notamment après l’Etude de Mazars, « Les savoir-faire dans la mode et le luxe : quels enjeux pour la filière française ? »

Pendant ce temps-là, bourgeonne  de nouveau la culture du Faire avec de nouveaux créateurs artisans et designers sublimant  le talent d’artisans d’art et renouvelant les métiers traditionnels.  A eux tous,  ils participent, par leurs pièces uniques et petites séries, à la renaissance d’un nouvel esprit Couture intimiste. En quelque sorte, l’annonce d’un nouveau type  d’expérience  couture, moderne,  un écho lointain  au salon de couture proposé, avec talent, par la très belle exposition Jeanne Lanvin.

 

 

 

 

@thedailycouture 

Depuis 2011, à la demande, the Daily Couture organise des immersions dans les Ateliers Haute Couture à Paris travaillant pour les plus grandes maisons de mode. Envoyez-nous votre demande : info@thedailycouture.com 

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