Artisans chez Hermès 3/3



Pour la première fois, le grand public était invité à se rendre au Carreau du Temple métamorphosé en ateliers Hermès -accessibles quelques jours seulement. Une façon de sensibiliser aux spécificités des métiers artisanaux au coeur de la maison – et d’en révéler la beauté du geste.

Entrer dans les secrets des ateliers Hermès ? Après les sujets Art Textile par Hermès 1 et 2, the Daily Couture continue de suivre les évènements de la Maison liés à la valorisation des ses métiers d’art. Jusqu’au 26 novembre, des savoir-faire artisanaux, si bien incarnés par la Maison, s’exposent au Carreau du Temple métamorphosé en ateliers d’art Hermès : ceux du sellier, maroquinier, sertisseur, imprimeur sur soie, verrier, gantier, confectionneur de cravates, graveur sur soie, de la roulotteuse, de l’horloger, ou encore du peintre sur porcelaine. Autant dire, un évènement destiné à ravir les passionnés de l’artisanat d’excellence, des créations d’Hermès bien sûr, mais aussi destiné à assouvir à notre curiosité à tous !

Plus que jamais, les métiers d’art ne sont-ils pas plébiscités par les acteurs de la création contemporaine, tous secteurs confondus, y compris par le public ?  Revers de la médaille : un brouhaha sur ce qu’est le travail d’un atelier : qu’est-ce qui constitue son essence, sa singularité ? Par exemple, depuis un temps déjà, il n’est pas rare, ici et là, d’entendre l’expression « sur-mesure » à tout bout de champ, si bien qu’elle en perd sa saveur à force d’être galvaudée aussi. Un usage approximatif des termes empruntés à la création d’excellence n’est pas rare. Un à-peu-près qui tranche avec l’art du détail dont il est question. Une ironie du sort !

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« A l’optimisation, nous préférons le thème de l’obsession », Axel Dumas, gérant d’Hermès.

Dans ce contexte d’engouement et d’embrouillement – où le mot « atelier » est devenu une sorte de mot clé à la mode, l’appel à l’ « authenticité », plusieurs fois mentionné par Hermès, est le bienvenue : la rencontre, très rare, avec les artisans de la Maison, donne à voir sans aucun filtre.  Pas même celui du prix : l’entrée est libre. Baigner dans « la réalité des métiers » d’Hermès nous invite aussi à mieux connaitre la création artisanale d’excellence en général, bien évidemment incarnés, avec talent et aura, par le sellier maroquinier. « Dans le luxe que nous faisons, nous protégeons nos artisans de manière à ce qu’ils trouvent un abri, un refuge où seront jalousement gardés nos secrets de fabrication», souligne Axel Dumas, gérant d’Hermès.  A l’atelier, seront transmis les secrets de fabrication qui perdureront, « ce qui demande beaucoup de travail en France, car c’est si facile de les faire disparaitre et de céder aux sirènes de l’optimisation qui, je le suspecte souvent, correspond à une petitesse de qualité.  Alors, à l’optimisation, nous préférons le thème de l’obsession. Obsession du travail bien fait, obsession de la belle matière, et obsession du détail qui compte. Les objets que nous produisons doivent d’abord leur longue existence au temps consacré, à l’application, à la préciosité, la lenteur et la dextérité. Et le vrai secret des produits Hermès, et le plus important de tous, c’est qu’ils sont réalisés par des hommes et des femmes aux savoir-faire uniques car ils sont tous différents ». Une vision de la créationinhérente à toute création artisanale d’excellence. Et qui, pour qui le veut bien, donne à questionner sur les modes de production de tous les produits qui nous entourent.

Des artisans et des experts comme ambassadeurs et amis de la maison pour transmettre au grand public une connaissance sur des métiers d’art méconnus

Même si encore peu habituel, et historiquement indésirable dans l’univers du luxe, le jeu de la transparence des coulisses de fabrication, qui touche tous les arts, n’empêche pas la préservation des secrets de fabrique, soulignait le gérant. La spécificité du « point sellier » Hermès ? Elle restera un mystère !  En revanche, et c’est là la nouveauté avec cette manifestation : les conférences planifiées tous les jours. Le public se retrouve face à des spécialistes des métiers d’art qui échangent sur des thématiques d’ordinaire destinés aux professionnels et étudiants du secteur.

Une maison de luxe qui propose de dépasser la simple expérience visuelle pour valoriser sa création ? C’est une première, il semble. L’expérience des ateliers n’est pas qu’une invitation aux sens. Bien plus, Hermès Hors Les Murs se présente comme une invitation à ressentir et comprendre la singularité des métiers d’art, anciens, dans le monde d’aujourd’hui. Pour une fois, les salariés ambassadeurs et les « friends » d’une marque seront des artisans et des experts !  Ça nous change un peu des people !

Au programme : susciter le questionnement et l’intérêt pour la qualité des créations nées du travail artisanal, être témoin du dynamisme des métiers anciens et de leur pertinence dans la création contemporaine. En somme, percevoir la modernité de produits réalisés dans les règles de l’art inscrit dans une tradition.

« Bien avant l’apparition de la machine à vapeur, du moteur à explosion et du microprocesseur, la main de l’homme est l’instrument des instruments », Axel Dumas, gérant d’Hermès.

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Sur les cinq dernières années, environ 1500 personnes ont été embauchées. « C’est incroyable le nombre de personnes qui viennent me voir en me demandant ce qu’il faut savoir, quelle formation faire pour devenir artisan », s’étonne encore le gantier qui confie les 100% de réussite à la récente formation interne en petite maroquinerie. L’artisanat d’art attire : dès qu’on montre « la réalité des métiers et la possibilité d’emploi que cela peut représenter », les candidatures affluent, expliquait Olivier Fournier, Directeur Général Adjoint de la Gouvernance et du Développement des Organisation de Hermès International et Président de la Fondation.

Par exemple, pour travailler dans la petite maroquinerie et la ganterie, « il n’y a plus d’école à ce niveau d’expertise et d’exigence, nous formons donc les artisans dans nos unités. La formation est essentielle », poursuit Olivier Fournier, aussi Directeur des Ressources Humaines. Bonne nouvelle, et non des moindres : les novices sont les bienvenus !  Et voilà que, d’un coup, la perspective de devenir un futur artisan ne parait plus aussi improbable !  Pas de diplômes requis pour apprendre la petite maroquinerie qui pourrait aussi mener à travailler la ganterie, plus tard. « Des tests de simulation, qui n’ont rien à voir avec le travail des artisans présentés à Hermès Hors Les Murs, sont réalisés. Ce sont des exercices pour tester une capacité de concentration, de précision, de minutie, précise le directeur des ressources humaines. Et qui seront suivis d’entretiens. En fonction des tests, les candidates entrent dans un cycle de formation. Nous espérons les garder», conclut-il. Ces formations en internes sont dispensées pour de nombreux métiers rares qu’on n’apprend dans aucune école.

Ainsi le savoir-faire de la roulotteuse, si primordial pour le carré de soie, fut-il appris sur le tas, explique la dame, précédemment boulangère, puis couturière, avant d’intégrer la Maison. Depuis quatre ans, elle réalise les fameux ourlets roulottés des carrés de soie et des cachemires. Une finition parfaite du produit iconique, réalisée en 45 minutes environ. Information improbable retenue en fin de notre discussion : chaque roulotteuse est capable d’identifier laquelle d’entre elle a travaillé sur chaque pièce…. Comment, me direz-vous ? Par la finition de ourlet roulotté dans l’angle droit du foulard… !

Restons dans l’improbable avec le sellier dont l’atelier historique est « au Faubourg », depuis 1887, au côté de l’atelier des commandes spéciales.  A sa connaissance, Hermès est la seule Maison qui fait fabriquée ses selles par des artisans capables d’en réaliser, chacun, toutes les trois étapes : la coupe, la préparation et le montage. Formé en interne chez Hermès, il y a vingt ans, il a commencé à la coupe, suivi de différents postes. « Vous avez le droit au tablier en cuir au bout de trois ou quatre ans, quand vous êtes un bon sellier. Il y a deux grandes étapes chez nous : devenir sellier et, puis sonneur. »

Un « sonneur », c’est quoi ? Imaginez un peu la scène : quelle que soit votre position à votre établi, si vous parvenez après utilisation des semences (les petits clous martelés devenus inutilisables) à les jeter pile poil, sans regarder, dans la petite boite posée sur l’établi : vous devenez « un sonneur » !  « Parce que ça fait « bling! » à chaque contact de la semence avec la boite », explique le sellier, en admiration devant son collègue. Vincent, dit-il, lui, en est capable. « Moi, je suis là depuis cinq ans, à la selle, et j’ai encore pas mal de ratés. J’ai une boite en plastique. Un jour, on me donnera une boite en métal : je serai un sonneur ». De quoi rester bouche bée à plus d’un titre, non ?

Quand la maitrise du geste est telle qu’il n’est plus nécessaire de recourir à la vue pour certains d’entre eux… Une victoire sur la matière saluée par un rituel bien réel !

« Tout ce qu’on a raté aussi, c’est ce qui fait l’expérience »,  José Luis Estebanez, peintre sur porcelaine.

La question de la transmission, au cœur de la pérennité de ces métiers, était naturellement l’un des points clés de l’évènement. Même si beaucoup d’écoles, bien sûr,  enseignent des métiers rares, la question de la pratique reste incontournable. « Les écoles existent, témoigne le peintre sur porcelaine,  mais elles ne forment pas, à vrai dire. Il faut aller chez un très bon professionnel et, surtout, avoir un très bon niveau. »  Et de conclure au sujet de l’apprentissage de sa technique très particulière, bien à lui, basée sur un dessin et des couleurs avec des rendus tout en relief : « Vous reproduisez deux trois Rubens et, après, vous êtes bon pour la peinture porcelaine, s’ils sont crédibles, les Rubens ! « 

Tout ce qu’on a raté aussi, c’est ce qui fait l’expérience », confie-t-il l’homme d’expérience.  Une ode au travail artisanal au long cours, sans concession, rendue possible et sensible par la discussion toujours instructive avec les artisans. Un franc succès. Hermès Hors Les murs ne désemplit pas !

-par Stéphanie Bui

@stefanibui

Stéphanie Bui, the Daily Couture

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