SAKINA M’SA : L’ENGAGEMENT POUR UNE MODE QUI FAIT SENS



En pionnière, la créatrice militante bataillant pour l’avènement d’une mode « désirable » a créé Front de Mode, un concept store mettant en avant la fabrication locale, artisanale ou recyclée. Une façon de sensibiliser les clients aux multiples facettes menant vers une mode écolo.

Dans le Haut Marais, the Daily Couture a rencontré Sakina M’Sa, créatrice de mode et fondatrice du concept-store parisien, Front de Mode.  Neuf mois après son ouverture, retraçons l’aventure de la militante bataillant pour l’avènement d’un écosystème de la mode au 21ème siècle. Une mode « désirable »  par du sens retrouvé : celui de produits fabriqués localement en France ou nés de savoir-faire préservant une tradition et ses artisans, ou encore des créations recyclant les tissus parmi d’autres engagements possibles.  Une façon de sensibiliser les clients aux multiples facettes menant vers une mode écolo. Et un pari en passe de réussir : les clients en redemandent !

Front de modeSakina M'Sa

« On ne prêche pas que des convaincus, on a des gens  qui n’en ont rien à faire du développement durable : ils sont attirés avant tout par l’achat dans un magasin qui leur plaise, et ça c’était intéressant pour nous, car on pense que Front de Mode doit participer à faire une certaine pédagogie sans être donneur de leçons.  L’idée est  de montrer que la mode et le développement durable sont complètement liés.  Je préfère dire développement désirable.  On est très contents d’avoir des clients habitués à aller chez Colette ou The Broken Arm,  et quand on leur parle de la manière dont on fabrique nos marques,  dont on les a choisies, ils sont touchés et se sentent concernés.  Front de Mode devient une espèce de lieu d’échanges autour du beau et du vêtir ». Beaucoup de curieux, de presse, de bouche à oreille participent au succès de la boutique qui compte beaucoup de clients étrangers surtout pendant la fashion week. A peu près 75% des personnes viennent pour le style, estime la créatrice, mentionnant une clientèle internationale constituée de russes, américains et japonais.  Deux propositions de franchise pour une boutique au Japon et en France font l’actualité de Front de Mode en ce moment.

« A un moment, il faut qu’on se rende compte que, dans la mode, on peut faire des jolies choses, qu’il y a beaucoup de marques qui les font bien, avec du sens. » Sakina M’Sa

L’engagement de la créatrice l’a transformée en une acheteuse enquêtrice : aller à la pêche aux informations pour savoir comment et où sont fabriqués les modèles.  Cela prend du temps de se renseigner.  Les achats se font chaque saison pendant les salons professionnels, les visites aux showrooms mais, confie la créatrice,  « c’est long, beaucoup plus  long que pour un autre magasin : je pose des questions sur la fabrication,  je mène l’enquête, je passe beaucoup de temps sur un stand pendant les salons professionnels.  En même temps, parfois, je vais plus vite car je sais que telle ou telle marque fabrique à tel endroit ou en Chine mais de telles manières etc ». « C’est grisant, conclut la créatrice, mais c’est super compliqué, on ne s’invente pas acheteur comma ça. La seule solution que j’ai trouvée, c’est acheter que ce que je peux porter.  Si ça me plait, je le prends parce que c’est sincère.  Je me dis que les gens qui viennent me voir et moi-même sommes dans la même communauté ».

Lea Peckre, Front de ModeNaco Paris, Front de Mode

Créateurs émergents et collections made in France

Les talentueuses créatrices Léa Peckre et Christine Phung ou encore l’ « artiste de mode  » Naco sont représentés au Front de Mode avec quelques très jolies pièces.  « Ce qui est intéressant chez ces deux créatrices, explique Sakina M’Sa,  c’est qu’elles ne revendiquent pas du tout le fait de s’inscrire dans une démarche de développement durable.  On leur explique que si on vient les acheter, c’est parce qu’elles répondent à l’un des piliers d’une mode durable : la fabrication locale, le made in France ».  A propos de ces pièces de créateurs au prix coûteux, l’acheteuse explique l’importance, pour elle, d’ être dans une « démocratisation du beau ».  « A un moment, il faut qu’on se rende compte que, dans la mode, on peut faire des jolies choses, qu’il y a beaucoup de marques qui les font bien, avec du sens, et qu’il est parfois possible de s’offrir un  produit de qualité au prix entrée de gamme ». La créatrice mentionne la collection Bags made in Kenya signée Vivienne Westwood, avec une création à partir de 75 euros.  « Cette démocratisation de la griffe est vraiment très importante pour moi.  Que Front de Mode propose des pièces très chères et peu chères, un mixte, insiste-t-elle, c’est super important. »

Le savoir-faire des artisans kenyans à l’honneur avec Bags made in Kenya par Vivienne Westwood et le Programme de Mode Ethique du Centre International du Commerce

En voici une jolie histoire.  Avec plaisir, The Daily Couture a retrouvé le formidable travail du Programme de Mode Éthique du Centre International du Commerce : un incubateur soutenant les micro-entreprises artisanales en Afrique.  L’idée ?  Mettre en relation les artisans avec l’industrie de la mode pour la création de séries limitées, fabriquées notamment à partir de matières recyclées et de savoir-faire artisanaux locaux en vue de remédier à la pauvreté des communautés.  Stella McCartney a déjà participé à cette initiative.  En ce moment, en exclusivité au Front de Mode, vous pourrez trouver la toute dernière collection de sacs made in Kenya réalisée en collaboration avec Vivienne Westwood.

Cela fait cinq ans que la créatrice anglaise collabore avec le programme, l’occasion pour elle de faire un bilan de l’impact de ses collections fabriquées en Afrique.  Les quelques chiffres et pourcentages suivants publiés sur son site ont le mérite de reconnecter la consommation de la mode à sa production, et de savourer l’impact positif de ces collaborations :

1 558 artisans ont participé à la fabrication de ces collections ayant fait travailler 21 communautés différentes.  76% des artisans sont des femmes.  70% des artisans disent n’avoir jamais été aussi bien rémunérés avec un salaire doublé, parfois multiplié par dix.  86% des artisans ont reçu des formations pendant le travail de production afin d’atteindre un niveau de qualifications correspondant à des normes internationales.  88% d’entre eux sont capables de former d’autres artisans à ces compétences acquises.  72%  des artisans ont pu épargner à partir de leurs salaires, ce qui leur a permis de faire des projets.  Enfin, plus de 950 enfants ont pu bénéficier d’une éducation à l’école suite aux retombés du projet.

artisans, Ethical Fashion Initiative

Vivienne Westwood & ITC au Front de Mode

Réinventer une mode à partir d’étoffes haute couture récupérées

Egalement représentées au Front de Mode, la collection de Sakina M’Sa, créatrice pionnière du recyclage dans la mode à Paris. « Je me suis adaptée à mon désir de vraiment faire un projet crea-eco conception. Nous nous sommes adaptés aux contraintes, la création ne doit pas être freinée ». A partir d’étoffes de grande qualité récupérées auprès de grandes maisons de haute couture, la créatrice crée ses séries limitées avec  trois matières, toujours les mêmes, souvent disponibles par rouleaux de 30 mètres, parfois de 200 mètres, provenant pour la plupart d’ateliers italiens et quelques-uns en France.  « C’est dur au début parce que tu as des envies, tu es créative, tu as envie de travailler une autre matière.  Alors, il faut être plus inventif. Par exemple, ces derniers temps, on a réalisé de la sérigraphie sur les matières ».  Ses blousons courts aux découpes graphiques finement ciselées sont magnifiques.  Des intemporels.

Sakina M'sa, front de modeSakina M'SASakina M'SA, front de mode

Une aventure entrepreneuriale

Parce que Front de Mode incarne une tentative pour sensibiliser les clients à la thématique du développement durable dans la mode, le concept-store avait bénéficié d’une belle couverture médiatique à son ouverture, il y a neuf mois.  Aussi parce que son parrain s’appelait François-Henri Pinault.  A lire les articles, il semblait même que l’homme d’affaire incontournable dans le secteur de la mode et du luxe faisait partie de l’aventure.  Sakina M’Sa l’avait rencontré en tant que lauréate du prix de la Fondation Kering en 2010. Plus tard, elle revenait vers lui, lui demandait d’être le parrain du projet, ce qu’il accepta.  Un parrain symbolique, car quatre années auront été nécessaires  pour obtenir trois prêts bancaires afin de  concrétiser  ce projet de concept store.  « Il fallait trouver le lieu, et on a laissé tomber car on s’est dit qu’il fallait trouver de l’argent d’abord ! », raconte-t-elle, amusée par les péripéties de l’aventure de Front de Mode.

Et de joliment partager son expérience entrepreneuriale par une sagesse : « le contraire de l’amour, c’est la peur.  La haine est une conséquence de la peur.  Il ne faut pas faire n’importe quoi.  Il ne faut pas avoir peur, il faut avoir une sévérité bienveillante envers soi-même et avancer ».  Un parcours entrepreneurial illuminé par la passion et les convictions d’une pionnière de la mode engagée qui, avec pragmatisme, avance, contribue à sensibiliser les clients aux enjeux de la fabrication. Une inspiration.

Front de Mode

Programme de Mode Ethique du Centre International du Commerce

 

 

 

 

@thedailycouture 

Depuis 2011, à la demande, the Daily Couture organise des immersions dans les Ateliers Haute Couture à Paris travaillant pour les plus grandes maisons de mode. Envoyez-nous votre demande : info@thedailycouture.com 

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