Aventuriers de la Couture



Les créateurs de mode commenceraient-ils à questionner la vie éphémère des robes haute couture? Serait-ce simplement une question de bon sens pour rendre plus durables ces robes faites des plus beaux matériaux modelés par les artisans les plus doués ‒ et d’en tirer parti ?

Et dire que c’est à une jeune styliste autrichienne de 26 ans, arrivée en France depuis deux ans et demi, que l’on doit cet hommage rendu aux savoir faire français de la couture, parfois récents, surtout centenaires !

Avec la fermeture des petits ateliers artisanaux à l’heure de l’industrie globalisante du luxe et du manque d’initiatives privées et publiques pour remédier à cette lente disparition *, du moins jusqu’à présent en France, c’est à mon tour de rendre hommage, non seulement à ces savoir faire, mais aussi à l’esprit entrepreneurial du duo de choc formé par la styliste Anna Barbara Aϋmuller et le directeur artistique/photographe Damian Lucca, membres de Q’lab, ʺun laboratoire d’idées, de tendances et de styleʺ.

Le concept de la « robe institutionnelle » : la robe pour la vie !

Vous êtes-vous déjà demandés ce qu’advenait de ces robes après les défilés ? Cette question, c’est la première que se sont posés Anna Barbara et Damian. Avant d’intégrer la collection d’un musée privé de la mode d’ici 3 ans, ces robes couture voyageront au fil d’évènements commerciaux et institutionnels. Ainsi ces robes étaient-elles destinées, dès le départ, à cette seconde vie. Faute sans doute de pouvoir intégrer de suite le très sélect calendrier de la haute couture, ces robes furent inaugurées dans les rues parisiennes pour le bonheur des passants finalement ! Après un an et demi de préparatifs, l’initiative a vu le jour.

La « robe institutionnelle » pour valoriser les savoir faire

Le concept de ʺrobe institutionnelleʺ comme outil de communication sur le savoir de la couture en France devient alors symbolique d’une création made in France. Ainsi la collection Femmes Fatales a-t-elle convaincu les artisans à s’associer au projet de la styliste pour cet hommage collectif. Créer des “robes institutionnelles » signifiait aussi dédier une collection de robes à des savoir faire paradoxalement menacés de disparition mais au cœur de l’excellence inhérente au luxe. Chaque robe consacre le savoir faire de la haute couture lié au travail d’un matériau : le cuir, la fausse fourrure, la soie, le caoutchouc et les nouveaux matériaux, la laine, le lin, le chanvre, la broderie industrielle et fait main. Le nom de la styliste est désormais associé à celui de ʺrobes institutionnellesʺ : des créations uniques haute couture destinées à rendre hommage au savoir faire de la couture, avec le soutien amicale de Vivienne Westwood, pour laquelle elle a travaillé avant de collaboré avec Chloé, Kenzo ou Paul Ka.

Voici 3 robes, « La Bergère » en hommage au savoir faire de la laine, « Papillon » en hommage à la broderie et « Amour&Passion » à la corseterie. Je précise que j’ai trouvé ces robes vraiment impressionnantes à voir en vrai, dans l’atelier d’Anna Barbara, on pouvait alors voir la subtilité des textures et des détails…

A partir de cet échange donnant donnant bénéficiant à la styliste émergente et aux artisans de l’ombre séduits par la reconnaissance de leur savoir faire, la styliste a gagné en légitimité, visibilité et envisage des créations ʺgrand luxeʺ pour une clientèle privée et pour des fournisseurs de mode désireux moderniser des collections. Les artisans ont trouvé en Anna Barbara Aϋmuller une sorte d’attachée de presse idéale pour promouvoir leurs talents. Avec des robes dédiées à des villes, nations ou arts, suscitant le vif intérêt de diverses organisations et fédérations à l’international, ces robes voyageront dans 22 pays, emportant avec elles, toute l’histoire et les valeurs d’excellence des artisans partenaires !

Cette idée de défilé institutionnel deviendra-t-il plus qu’un évènement : un rendez-vous institutionnel ? Ce n’était pas prévu. Le besoin pour ce type d’événement valorisant ces savoir faire rares est évident, hormis pour les 7 maisons artisanales déjà bien connues, regroupées au sein de Paraffection, dans le giron de Chanel.

Des rues parisiennes à l’ambassade !

A l’origine, Anna Barbara s’était lancée dans la création d’une robe pour la Marianne et eut l’idée de faire part de son initiative de promotion du savoir français de la couture française au Président de la République ! Elle reçut une réponse du Ministère de la culture la mettant en contact avec l’ambassade d’Autriche à Paris. Et la voici qui prépare des robes pour le défilé célébrant la Fête Nationale autrichienne qui eut lieu à l’ambassade, le 26 octobre dernier…

A cette occasion furent à nouveau présentées la Marianne et d’autres robes hommage à Paris. Anna Barbara réussit son pari de se faire reconnaître comme porte parole du savoir faire de la couture. Les artisans sont ravis, les institutions aussi. L’histoire continue, j’ai l’intention de la couvrir, et je lui souhaite bonne chance !

rédigé par Stéphanie Bui

stephanie@thedailycouture.com

NOTES :

Q’lab fashion

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